Que faire de nos chutes de tissu ? Une approche créative

Que faire de nos chutes de tissu ? Une approche créative - Lucie Choupaut

Quand j’ai commencé la couture, je me suis rapidement demandé quoi faire de mes chutes de tissu. J’ai d’abord voulu savoir si en les jetant dans une poubelle spéciale elles pouvaient être recyclées, puis, dans mon cheminement j’en étais venue à ne plus rien jeter pour tout réutiliser moi-même. J’avais raconté tout ça dans un article datant de 2021, et c’est peut-être l’un de mes articles de blog les plus lus. Toutes les personnes qui font de la couture se retrouvent avec des chutes de tissu sur les bras et pour peu que l’on ait une conscience écologique ou que l’on n’aime tout simplement pas gaspiller, c’est un vrai problème.

Cette dernière année, mon rapport aux chutes a évolué, il est devenu plus créatif, plus actif, et je me suis dit qu’il était peut-être temps de vous en reparler.

Utilité versus créativité

Comme vous le savez, je n’achète plus de vêtements dans le commerce depuis 2017 et je confectionne aujourd’hui la quasi intégralité de ma garde-robe (à part les chaussettes en coton et les collants). J’ai une approche de la couture assez utilitaire, c’est-à-dire que je couds les vêtements dont j’ai besoin et ceux que j’ai envie de porter. Je ne couds pas pour le processus, mais bien pour avoir un objet à la fin.

Même si mon programme de couture est assez raisonné, je n’accumule pas de tissus sans projets, j’achète les quantités de tissu les plus justes par rapport aux projets que je veux coudre, je veille à optimiser mes coupons quand je découpe mes pièces, le volume des chutes augmente plus vite que ce que j’arrive à coudre et je pense que je ne suis pas la seule dans ce cas.

Mon approche utilitaire de la couture fait que beaucoup de projets utilisant des chutes ne me font pas envie, tout simplement parce que je ne les trouve pas particulièrement jolis ou que je n’en aurais pas l’usage. J’ai déjà fait plein de choses avec des chutes de tissu, allant des housses de coussin aux pochettes ou trousses zippées en passant par des maniques de cuisine, ou même une couverture en patchwork parce que ce sont des projets dont je peux avoir besoin, mais à moins d’en faire à la chaîne et de le distribuer autour de moi, ça ne suffit pas à vider ma caisse de chutes et ça ne me paraît pas être une approche dont je peux me contenter.

Cette dernière année, je me suis dit que plutôt que seulement puiser dans mes chutes pour coudre de petits projets utiles, il était peut-être temps d’avoir une démarche plus active d’utilisation de ma caisse de chutes, en partant non pas du type de projet que je pourrais faire avec ce que j’ai, mais plutôt des chutes en elles-mêmes.

Mon objectif est d’essayer de bouger un peu les lignes de la manière dont je pense un projet pour le penser différemment, aller plus loin dans ce que je peux imaginer coudre avec du tissu. C’est une réflexion que je commence tout juste à avoir et que je trouve super créative et enthousiasmante, maintenant il ne reste plus qu’à la mettre effectivement en pratique.

illustration en couleurs patchwork de chutes de tissu

Inventaire des chutes

Les chutes de tissus en chaîne et trame structurés (popeline de coton, lin, denim) sont, je trouve, les plus facile à réemployer (pour des accessoires, pour des doublures, pour des poches, pour du patchwork…), mais quand on coud toute sa garde-robe on récupère aussi des chutes de tissus maille, des chutes de tissus fluides (viscose, soie), qui sont plus compliquées à réutiliser, en particulier quand les chutes sont petites. J’ai par exemple un tiroir entier de chutes de viscoses imprimées dont je ne sais pas quoi faire et ça me frustre de ne pas réussir à les valoriser.

Pourtant, en ce moment le patchwork est plutôt à la mode et on trouve plein d’inspirations sur Pinterest (par exemple des chemises dont les pièces mixent différents imprimés), mais le problème de ces inspirations c’est qu’elles peuvent nous piéger dans un style et nous pousser à penser « je veux associer tel type de tissu et tel type de tissu pour tel type de projet », or, on le sait tous·tes, quand on pense de cette manière on n’a jamais exactement ce qu’il nous faut en stock.

Pour 2026, j’ai décidé de m’attaquer à ce sujet des chutes pour avoir une réelle démarche circulaire dans ma manière de coudre.

Je vais commencer par passer en revue mes chutes, qui sont déjà classées par type de tissus, pour créer également des correspondances de couleur et de motifs. Je vais également m’inspirer du « piéçage » qu’on retrouve énormément dans les vêtements anciens, qui consiste à composer des pans de tissu avec des petits morceaux cousus les uns aux autres parce que le tissu c’est cher et que la couture est l’art de l’économie. En faisant mon premier classement, j’ai eu tendance un peu trop vite à considérer que les chutes de petites tailles ne pourraient plus jamais servir pour coudre des vêtements alors qu’en réalité la possibilité du patchwork et du piéçage donnent beaucoup de liberté.

Personnellement j’éprouve une grande satisfaction à produire quelque chose à partir d’un tissu qui aurait été destiné à la poubelle et c’est ce sentiment de satisfaction que j’ai envie de cultiver en 2026.

Petites chutes : les poupées en tissu

Pendant toute l’année 2025, j’ai pensé à la manière d’utiliser mes chutes et j’ai eu envie de fabriquer des poupées en tissu avec. Ça tournait dans ma tête, mais je le repoussais parce que j’avais toujours quelque chose de plus urgent à faire, mais fin décembre j’ai rencontré un prétexte qui m’a lancée dans cette réalisation (je vous en parlais d’ailleurs dans mon bilan de l’année).

poupée en tissu Adèle la bibliothécaire
Adèle la bibliothécaire dans son état de décembre (depuis j’ai amélioré les finitions de la chemise)

J’ai adoré fouiller dans ma caisse de chutes pour essayer d’identifier quels tissus pourraient servir à ce projet et ce sont les tissus que j’ai sélectionnés qui ont influencé l’identité finale de la poupée : Adèle la bibliothécaire. J’ai trouvé cette démarche super créative et alors même que je n’ai toujours pas fini Adèle (il faut que je termine les finitions de sa robe et que je lui fasse des chaussures), je sais déjà exactement quelles chutes composeront la prochaine poupée (qui s’appellera Iris l’activiste).

Certes les poupées ne nécessitent pas beaucoup de tissu donc ce n’est pas le genre de projet qui fait franchement diminuer la caisse de chutes, mais j’ai réalisé par contre, qu’on peut réemployer ainsi de très petits morceaux.

Tout est une question de temps que l’on dédie à une activité. C’est plus facile pour moi de consacrer mes temps de couture à des projets de vêtements qui ne demandent aucune réflexion pour lesquels je ne fais que suivre un patron et utiliser un tissu existant, mais je trouve ça dommage d’avoir une possibilité créative aussi stimulante au bout des doigts et de ne rien en faire. Cette année j’ai donc vraiment envie de me forcer à cette créativité là, peut-être en alternant arbitrairement un projet couture classique et un projet avec des chutes pour essayer d’installer une dynamique.

Bref, voilà où j’en suis dans mon rapport aux chutes de tissu. J’y vois maintenant un potentiel réjouissant et il ne me reste plus qu’à prendre le temps de m’y atteler. Je partagerai bien sûr, d’une manière ou d’une autre, le fruit de ces explorations. Et vous, quel est votre rapport aux chutes de tissu aujourd’hui ? Arrivez-vous à les réemployer ?


Je m’arrête ici et je vous donne rendez-vous dans quinze jours pour vous parler dessin. D’ici là, je vous souhaite une bonne semaine !

Lucie Choupaut

Illustratrice passionnée de travaux d'aiguilles et d'histoire du costume, je vous propose une promenade dans mon univers créatif.

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