[LIVRES] Les reportages incognitos de Nellie Bly

reportages incognitos de Nellie Bly - Carnet de recherches de Lucie Choupaut

Bonjour à toutes et à tous ! L’idée de ce nouveau blog c’était aussi de vous parler un peu plus régulièrement de livres, et pas seulement des livres consacrés aux arts du fil. J’ai récemment lu un petit volume de Nellie Bly dont j’avais vraiment envie de vous parler.


Nellie Bly, 10 jours dans un asile, m’a été offert il y a un bon moment par mon amie Stephanie. Il était dans ma pile à lire depuis lors, mais ce n’est que très récemment que j’ai décidé d’en faire ma « lecture du matin », celle dont je profite à la fin de mon petit déjeuner en buvant ma tasse de thé (oui je suis un cliché, laissez-moi). Ce petit texte se lit en réalité très vite et se compose de plusieurs reportages écrits par Nellie Bly à la fin du XIXe siècle. Le principal, dont est tiré le titre, est son premier reportage sous couverture réalisé dans un asile d’aliénées à New York (le Blackwell’s Island Hospital), et deux autres suivent, l’un sur des bureaux de placement de domestiques, et l’autre dans une fabrique de boîtes en tant qu’ouvrière.

J’avais envie de vous parler de ce livre pour plusieurs raisons. La première c’est que Nellie Bly est un sacré personnage, qui suscite pas mal l’admiration. Née en 1864 aux États-Unis, elle décide de devenir journaliste à 16 ans (en 1880 donc), fait du journalisme d’investigation et du reportage clandestin sa spécialité et en 1889-1890, elle décide de réaliser seule un tour du monde en 72 jours pour battre Phileas Fogg, le héros de Jules Verne (Le tour du monde en 80 jours). Badass ou pas ? (Pour les détails de sa biographie, je vous laisse aller lire sa fiche Wikipedia)

La deuxième raison c’est que, outre les informations spécifiques sur les conditions de vie des aliénées et des femmes pauvres dans le dernier tiers du XIXe siècle aux États-Unis, ses reportages donnent aussi des informations sur les mœurs de l’époque, les modes, la morale et j’ai trouvé ça passionnant.

« Étrange consolation que de me dire que d’ici peu je me trouverais loin de cette chambre, enfermée dans une cellule avec une horde d’aliénées !

Il ne faisait pas froid dans la pièce, mais, en visualisant pareil tableau, je me pris à frissonner et une suée ruina les bouclettes de ma frange. »

Nellie Bly, 10 jours dans un asile, Paris, Éditions du sous-sol, 2015. p.19-20.
couverture du livre de Nellie Bly, 10 jours dans un asile

Elle écrit son reportage sur le Blackwell’s Island Hospital en 1887 après avoir été embauchée au journal le New York World et le publie d’abord sous forme de feuilleton. Les conditions de vie et d’absence de soins qu’elle dépeint ont eu par la suite un impact direct sur la réforme des hôpitaux psychiatriques et les fonds qui leur étaient alloués.

« Un jeune homme bien fait de sa personne, m’ayant tout l’air d’un gentleman, se tenait devant moi. Si par la suite certaines personnes ont pu blâmer son indiscrétion, je reste convaincue qu’il ne pensait pas à mal. Il s’assit sur mon lit et passa un bras autour de mes épaules. J’avais les plus grandes difficultés à me concentrer – seules les jeunes femmes comprendront ce que j’entends par là. »

Nellie Bly, 10 jours dans un asile, Paris, Éditions du sous-sol, 2015. p.55.

Cette lecture est une vraie plongée dans la période et c’est précisément cela qui m’a fait prendre, tardivement, goût à l’histoire : avoir des éléments contextuels banals pour pouvoir m’identifier ou a minima comprendre ce que les gens de l’époque vivaient.

« Brown, approchez-vous, m’ordonna à son tour une infirmière à face rubiconde qui était assise à la table. Qu’est-ce que vous avez sur le dos ?

– Mes vêtements, répondis-je simplement.

Elle souleva ma robe et mon jupon puis nota dans son carnet : une paire de chaussures, une paire de bas, une robe, un chapeau de paille, etc. »

Nellie Bly, 10 jours dans un asile, Paris, Éditions du sous-sol, 2015. p.73.

Loin d’être anodine, la mode a été pour moi une entrée très importante dans ma curiosité pour l’histoire. Comment trouver un intérêt à la discipline si l’on n’est pas capable de se figurer, au sens propre, à quoi ressemblaient les contemporains et leurs quotidiens ? Les écrits comme ceux de Nellie Bly sont très précieux pour cela.

« À grands coups de démêloir, mes cheveux encore humides de la veille furent tirés de tous les côtés. Je protestai en vain, puis je serrai les dents et souffris en silence. Refusant de me rendre mes épingles à cheveux, une des infirmières me fit une tresse qu’elle noua avec une bande de tissu rouge. Ma frange frisée refusait d’être plaquée en arrière, il me restait au moins ça de ma gloire passée. »

Nellie Bly, 10 jours dans un asile, Paris, Éditions du sous-sol, 2015. p.84.

J’espère que cet article vous aura donné envie de lire les reportages de Nellie Bly et de découvrir sa biographie si vous ne la connaissiez pas. J’ai vu qu’une bande dessinée avait été publiée à partir de ce reportage à l’asile de Blackwell’s Island. Je ne l’ai pas encore lue, n’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé si ce n’est pas votre cas !

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